EGLISE A COMPRENDRE

L’ouvrage « Cette Eglise que je cherche à comprendre » (de Maurice Vidal, Ed. de l’Atelier, 2009) se livre comme la célébration d’un « Jubilé », au sens où deux interlocuteurs, Christian Salenson et Jacques Teissier, diraient au théologien, Maurice Vidal : « Réjouissons-nous de ce qu’a été votre vie de travail théologique, la compréhension de l’Eglise. Pour cela, nous vous invitons à parler ».

 

Penser l’histoire récente de l’Eglise catholique

 

Ce n’est pas au cours de sa formation théologique au séminaire du Puy, vers 1950, que Maurice Vidal a étudié un traité d’ecclésiologie, cela n’existait pas dans le cursus des études en ce temps là. Mais      quand la Compagnie de Saint Sulpice lui a demandé en 1963 de faire un cours sur l’Eglise aux séminaristes d’Issy les Moulineaux, il était devant un projet à réaliser sans précédent.

Sans doute il connaissait les textes « ecclésiologiques » des apôtres Paul et Jean, et  même, quoi qu’on dise, les données fondamentales des évangiles synoptiques en ce domaine. Il connaissait l’immense réflexion de saint Augustin, évêque, pasteur et penseur. Il savait aussi que les théologiens de la « chrétienté » du cinquième au dix-septième siècles avaient peiné à identifier « l’objet théologique » qu’est l’Eglise, elle était tellement mêlée à la société ! Par contre il avait quelques prédécesseurs immédiats : d’abord le théologien allemand J.A. Möhler (1796-1838) (« Tous ceux qui s’intéressent à l’ecclésiologie dépendent de Möhler, sans forcément l’avoir lu ! », dit Maurice Vidal (op.cit.p35) ) ; puis l’anglais J.H. Newman (1801-1874) ; et les pères de Lubac, Congar, Ratzinger, Urs von Bathazar…

 

En plus des séminaristes d’Issy les Moulineaux, notre ecclésiologue se met à accompagner de nombreux groupes, dont l’Action Catholique Ouvrière, les prêtres-ouvriers, des religieuses en mutation vers l’action « missionnaire »… C’est là qu’il reçoit les nouveautés du Concile Vatican II (1962-1965). Il va en retenir particulièrement : le rapport de la révélation chrétienne à un moment de son histoire avec sa portée universelle ; les rapports de la foi et de la raison ; la reconnaissance des « ministères laïcs » et le dialogue avec des religions reconnues comme des « médiations » de salut.

 

Quelques points chauds de l’ecclésiologie

 

Le premier point, pour Maurice Vidal, est l’option en faveur du terme « Peuple de Dieu ». Il venait après le terme largement utilisé par le pape Pie XII, « l’Eglise, corps du Christ ». Ce terme risquait de bloquer l’Eglise avec les croyants  qui se réfèrent explicitement au Christ et même à la limite, avec ceux qui identifient l’Eglise avec les sujets du magistère papal. Le Peuple de Dieu, par contre, est une réalité sociale située dans l’histoire, à la suite d’Israël. Elle est une réalité ouverte à tous les hommes qui y sont appelés, avec des formes diverses d‘appartenance. Le terme souligne la communion entre les croyants bien au-delà de la communion strictement ecclésiale, mais dans une diversité parfois tellement inconciliable que le « rassemblement »  du Peuple de Dieu n’est pas possible. Mais chaque Eglise en sera un signe.

 

Le deuxième point  développe le rapport de l’Eglise et de l’histoire. Il ne s’agit pas d’une Eglise faite uniquement d’idéal ou de visées spirituelles. C’est l’Eglise-de-Jésus-Christ, la réalisation d’un projet de Dieu (M.V. emploie ce terme, pourtant discutable) qui est « que tout le genre humain soit Humanité » (op.cit.p.126), une humanité fraternelle d’hommes libres et égaux devant Dieu, au cours d’une histoire d’alliance entre Dieu et le peuple des hommes. L’Eglise est signe de cette alliance et y contribue activement.

 

Le troisième point est le nouveau regard sur Israël. Avant Vatican II, les Juifs considéraient que l’Eglise catholique n’avait pas renoncé à « l’enseignement du mépris » envers le Judaïsme et envers l’appel indéfectible de Dieu à l’égard d’Israël. Le nouveau regard a culminé dans l’expression du pape Jean Paul II parlant du « Peuple de Dieu de l’Ancienne alliance qui n’a jamais été révoquée » (cf.op.cit.p.158). L’Eglise n’est donc pas un « nouveau peuple de Dieu » mais un « nouveau rassemblement du peuple de Dieu » (op.cit.p.161), une nouvelle figure de ce peuple, dans la fidélité au Christ, autre que la fidélité juive aux « pères » des croyants.

 

Le quatrième point  est celui de l’œcuménisme. Selon le paragraphe de la constitution conciliaire sur l’Eglise, « l’Eglise catholique romaine, assure Maurice Vidal, ne s’identifie pas purement et simplement avec l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique…(mais) elle existe dans ce monde comme une société visible et socialement organisée (qui) subsiste dans - subsitit in -l’Eglise catholique » (op.cit.p.196). Ainsi elle peut passer des accords doctrinaux avec d’autres confessions chrétiennes (ex. l’accord avec les Luthériens sur la «  justification », en 1999), en avançant, non pas des exigences maximales, mais de exigences relatives, différenciées, reprenant des points communs, dans des formulations différentes.

 

La vie en Eglise

 

 

Maurice Vidal aborde ensuite des aspects pratiques de la vie en Eglise. Pour la vie et le ministère des prêtres, il fait deux réflexions : l’une sur la « souffrance apostolique des prêtres » dans notre société sécularisée, l’autre sur le « célibat pour le Royaume » qui n’est sensé que pour ceux qui considèrent que l’Eglise et le Royaume c’est une « grande cause ». Il pense aussi qu’au-delà de la contradiction stérile entre le « prêtre de type monastique » et le « prêtre de type paroissial », il faudrait assurer une formation permanente pour que chacun mène les adaptations nécessaires. Enfin il aborde « la délicate collaboration entre prêtres, évêques et laïcs », collaboration assumant la diversité des ministères et tendant à décider ensemble ce qu’il y a à faire.

 

                                                                     Loïc Collet   

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