CORAN ET APOCRYPHES CHRETIENS

Les sources écrites où ont puisé les rédacteurs du Coran sont mal connues. Elles venaient de trois catégories d’habitants de l’Arabie au 7e siècle de notre ère : les Juifs, les Sabéens, les Chrétiens (cf. Sourate 5, verset 69). La Tora juive est nommée, dans le Coran, une vingtaine de fois, « l’évangile » une douzaine de fois, les écritures « sabéennes », presque autant ( écritures d’origine égyptienne sans doute). Mais d’autres textes chrétiens étaient connus des auteurs du Coran, des textes qui n’ont pas été retenus comme « canoniques », donc des « apocryphes ». Apportons un exemple pour un seul passage de la 3e sourate, les versets 42 à 50, concernant Marie, mère de Jésus.

 

- « Les récits concernant le mystère » (verset 44a)

Le Coran présente l’annonce, à Marie, de la naissance du « Verbe ». Il reprend des titres pour la nommer : « choisie », « purifiée », « pieuse »… des titres aussi pour Jésus : « Verbe émanant de Dieu », « messie », « fils de Marie », « illustre »… Et ceci, résume le Coran « fait partie des récits concernant le mystère que nous te révélons ». Il s’agit, ici, des récits de l’évangile, et pas encore des récits apocryphes, mais des données de l’Evangile que le prophète Mohammad aurait reçues directement de Dieu, par révélation.

- « Tu n’étais pas parmi eux lorsqu’ils jetaient les roseaux (baguettes) pour savoir qui d’entre eux se chargeraient de Marie » (verset 44a)

Cette parole adressée à Marie est puisée dans un apocryphe chrétien de la fin du 2e siècle, le « Protévangile de Jacques ». Voici le texte en question, aux chapitres 8 et 9, concernant la décision prise pour Marie au temple de Jérusalem, au terme de son éducation.

« Voici qu’un ange se tint devant lui, disant : ‘ Zacharie, Zacharie, sors et convoque les veufs du peuple, et qu’ils apportent chacun une baguette ; et de celui à qui le Seigneur Dieu montrera un signe, elle sera la femme…’ (8,2) Ensemble ils se rendirent chez le prêtre avec leurs baguettes. Or le prêtre, ayant reçu d’eux les baguettes, entra dans le temple et pria. Et quand il eut achevé sa prière, il prit les baguettes, sortit et les leur donna ; et il n’y avait point de signe en elles. Or la dernière baguette, c’est Joseph qui la reçut. Et voici qu’une colombe sortit de la baguette et se percha sur la tête de Joseph. Et le prêtre dit : ‘ Joseph, Joseph, c’est toi qui es désigné par le sort pour prendre sous ta garde le vierge du Seigneur’ » (9,1). (dans « Ecrits apocryphes chrétiens » Gallimard 1997 p.89 et 90).

- « Dès le berceau il parlera aux hommes comme un vieillard » (verset 46)

Cette note sur Jésus n’apparaît (dans l’état actuel des documents) que dans un texte appelé « Evangile du Pseudo-Matthieu », de la fin du 6e siècle. Il montre, au chapitre 18, verset 2, Jésus dans la proximité de dragons dangereux, et Jésus dit : « Ne me regardez pas comme un petit enfant, car j’ai toujours été un homme mûr, et il est nécessaire que j’apprivoise toutes sortes de bêtes sauvages » (op.cit.p.137).

- « Je vais, pour vous, créer d’argile, comme une forme d’oiseau. Je souffle en lui, et il est ‘ oiseau ’ » (verset 49)

Il s’agit, ici, d’un autre apocryphe chrétien : « L’histoire de l’enfance de Jésus », composé avant l’an 350. Voici le texte, aux versets 1 à 4 :

«  Alors qu’il était un enfant de 5 ans, Jésus était en train de jouer près du gué d’un ruisseau, et il faisait couler de l’eau, la dirigeant vers une flaque, afin de la rendre claire. Ensuite, il tira de la vase de l’argile molle et en façonna 12 oiseaux. C’était alors le jour du sabbat et beaucoup d’enfants jouaient avec lui. Un Juif le vit en train de faire cela avec les enfants, et il alla vers Joseph son père et accusa Jésus en disant : ‘ Il a fait de la boue et il en a façonné des oiseaux le jour du sabbat où il n’est pas permis de le faire ’. Et Joseph, étant arrivé, le réprimanda en disant : ‘ Pourquoi fais-tu un jour de sabbat ce qu’il n’est pas permis de  faire ?’. Mais, l’ayant entendu, Jésus frappa des mains et fit s’envoler les passereaux en disant : ’Allez, allez et souvenez-vous de moi, vous qui êtes vivants ’. Et les passereaux s’envolèrent en poussant des cris » (op.cit.p.197).

                                                           Loïc Collet

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