L’ETAT CONTRE LES SERVICES PUBLICS

En Octobre 2007,  Denis Kesler, vice-président du Mouvement des Entreprises de France (Medef) justifiait les réformes politiques en cours, en ces termes : « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance » (cité dans le ‘Monde Diplomatique’, déc.09, p.21). Franchise ? Cynisme ?

 
Moins d’Etat en tous domaines

C’est en Juin 2007 qu’a été décidée, par le gouvernement français, la « Révision Générale des Politiques Publiques » (RGPP). Elle s’est étendue, progressivement, à tous les secteurs où l’Etat avait un pouvoir quelconque.

D’abord les secteurs exclusivement dépendants de l’Etat central :
- au ministère de l’Intérieur, diminution du personnel des préfectures et sous-préfectures (avec le projet de supprimer certaines de ces dernières)
- au ministère de la Défense, fermeture de casernes, liquidation de milliers d’emplois avant 2014, ainsi que dans la Police nationale
- au ministère de la Justice, réorganisation, à la baisse, de la carte des tribunaux…

Puis les secteurs économiques qui bénéficiaient des capitaux de l’Etat :
- dans le domaine de l’énergie, l’Etat s’est dégagé de son rôle à « Gaz de France » et le fait maintenant à « Electricité de France »
- dans le domaine des communications, l’Etat a lâché les Télécommunications et se sépare peu à peu de la Poste
- dans le domaine des transports, la SNCF a été dépouillée du transport du fret…

Puis dans les domaines de la Santé et de la Protection sociale, comme dans l’Enseignement, le développement intense du secteur privé ne peut que satisfaire le gouvernement actuel.

Les procédés du dégagement de l’Etat

- Transformation des conditions de travail : L’Etat semble se référer aux pires conditions de travail que l’on peut  trouver dans certaines entreprises privées : intensification de l’activité de travail, pression par les « objectifs » fixés à chaque poste ou groupe de travail, mobilité de l’emploi, du lieu de travail, des responsabilités…
- Transformation de la structure de l’entreprise :
Surtout de deux manières : modification du capital de l’entreprise jusqu’à ce que l’Etat soit minoritaire, et création de filiales en sociétés anonymes, privées
- Transformation du statut des salariés :
L’exemple la plus typique est celui des « Pôles Emploi » qui fusionnent les anciennes ANPE, faites de fonctionnaires, et les ASSEDIC, au statut privé. L’objectif est que l’ensemble passe définitivement au privé.
- Les transferts de charges aux collectivités locales (régions et départements) :
Le secteur le plus touché est celui qui concernait jusqu’ici la solidarité envers les plus défavorisés (demandeurs d’emploi, personnes âgées…). Les instances régionales en sont de plus en plus « responsables » !

Les principes, souvent inavoués

Les salariés des services publics sont perçus par une partie de l’opinion publique comme des privilégiés (rémunération, garantie de l’emploi, retraites…) qui auraient peu d’efficacité sociale et qui chargeraient indûment les dépenses de l’Etat. Celui-ci s’appuie sur ce ressentiment pour restreindre le nombre des salariés, leur imposer des conditions de travail qui augmenteraient leur « productivité », les maintenir dans une course à la qualification, à la disponibilité, à la soumission, jamais suffisantes.

Ces modifications du travail ont un double but, en dernier ressort : restaurer l’image du pouvoir central devant les électeurs en passant aux collectivités territoriales « l’opprobre » des impôts, et surtout dégager des services publics les activités susceptibles de faire des bénéfices  (ex. Telecom !) pour les proposer à ceux qui détiennent les capitaux privés, tout en constituant les classes sociales proches du pouvoir.

En même temps, l’Etat augmente son contrôle sur ces changements par sa vigilance sur les medias qui les présentent, par les nominations aux postes-clés, par la présence de ses représentants dans les Conseils et les Comité, par des rémunérations élevées pour les nouveaux dirigeants, par la mainmise sur le pouvoir législatif, et de plus en plus le judiciaire, pour que la « fortune » des gens en place et de leurs amis prospère.

La résistance ne peut être que globale, sociale dans les lieux de travail et les institutions de défenses des droits, politique quand les lois ne font que servir les intérêts des plus aisés.

                                                 Loïc Collet

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