PEUPLE EN EXIL

(Débat avec Dieu : Lamentations, Isaïe, Jérémie)  

1 - Le Peuple 

Exilé, humilié, réduit en esclavage, je suis à bout de force. Mon espérance qui me venait de Dieu s’en est allée. « Vous tous qui passez sur le chemin, arrêtez-vous et voyez si quelque chant exprime une douleur pareille à ma douleur »  

 1 - Le Seigneur  

Tu es mon Serviteur, je t’ai choisi, je ne t’ai pas rejeté. Ne crains pas, car je suis avec toi. Ne t’inquiète pas, car je suis ton Dieu. C’est moi le Seigneur, tel est mon nom. Et ma gloire, un peuple vivant ! Je ne la céderai à personne.   

2 - Le Peuple  

Mais non, Seigneur ! Tu nous rejettes, tu nous insultes ! Tu ne sors plus avec nos armées. Tu nous livres comme du bétail qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes dispersés parmi les nations. Oui ! Tu nous as vendus pour trois fois rien.  

2 - Le Seigneur  

Est-ce que ma main serait trop courte ? Trop courte pour affranchir ? Est-ce que je ne disposerais d’aucune énergie pour délivrer ?  

 3 - Le Peuple 

 Les gens autour de nous disent : « Où donc est votre Dieu ? »  Ras le bol ! Nous allons faire comme nos oppresseurs   

3 - Le Seigneur    

Non, ma main n’est pas trop courte pour sauver. Mon oreille n’est pas trop dure pour entendre. C’est vous qui avez oublié mon visage. Car vos paumes sont tachées de sang, vos lèvres profèrent la tromperie, votre langue roucoule la perfidie.  

4 - Le Peuple  

C’est toi qui nous as abandonnés, tu nous as oubliés. Tu te retranches dans ton nuage, pour que ma prière ne passe pas. Tu fais de nous un déchet, un rebut au milieu des peuples.  

4 - Le Seigneur 

O mon peuple, tu as commis un double méfait. Tu m’as abandonné, Moi, la source d’eau vive, pour te creuser des citernes, des citernes fissurées qui ne retiennent pas l’eau.  

 5 - Le Prophète 

Pourquoi mon peuple a-t-il échangé le Dieu vivant et vrai contre des idoles ? Elles sont aussi nombreuses que les ruelles de Jérusalem. Elles sont comme un épouvantail dans un champ de concombres. Recherchez le Seigneur puisqu’il se laisse trouver. Appelez-le puisqu’il est proche. Vous les sourds, entendez. Vous les aveugles, regardez et voyez.   

5 - Le Seigneur  

Les pasteurs sont abrutis et tout le troupeau est à l’abandon. Les prophètes prophétisent au nom de la fausseté. Les prêtres empochent tout ce qu’ils peuvent. Et mon peuple en est satisfait. Pourquoi vos yeux se sont-ils encrassés au point de ne plus discerner ? Où est la lettre de divorce par laquelle j’ai renvoyé votre mère ?  

6 - Le Peuple 

Seigneur, c’est la nuit noire. Tu nous as fait habiter l’obscurité. Nous ne voyons aucune issue. Nous sommes la risée de tous les peuples. C’en est fini de l’espoir qui venait de toi.   

6 - Le Prophète  

C’est en vain que je me fatigue. C’est pour du vide, c’est pour du vent que j’épuise mon énergie.

6 - Le Seigneur 

Voici que je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne. Ne le reconnaîtrez-vous pas ?  

7 - Le Peuple 

Jour et nuit, mes larmes sont mon pain, quand on me dit tous les jours : « Où est ton Dieu ? ». Nous rejetteras-tu pour toujours ?  

7 - Le Seigneur 

La pluie, la neige ne retournent pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner. Ainsi la parole qui sort de ma bouche.      

8 - Le Prophète 

Recherchez le Seigneur qui se laisse trouver. Appelez-le puisqu’il est proche. O mon peuple, le Seigneur s’émerveille de toi comme le fiancé de sa fiancée.  

8 - Le Peuple 

Dans mon amertume et ma révolte, je me suis conduit comme un ignorant, comme un animal, sans avoir conscience d’être près de Toi, Seigneur. Mais maintenant je sais que je suis toujours près de Toi. Dès le sein maternel tu m’as appelé, dès les entrailles de ma mère tu as prononcé mon nom.  

8 - Le Seigneur 

Oui, c’est moi qui suis ton Dieu. Je veux être en accord avec la justice. C’est pour cela que je t’ai appelé. Toi, mon peuple, je t’ai appelé selon la justice. Je ne choisis pas les Nabucho qui foulent aux pieds les droits de peuples. Je t’ai modelé. Et je t’ai destiné à être la lumière des nations. 

                    Yvonne Leray 

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