La dentelle ne bordait pas ta jupe d’hiver,
Petite fille au goût de paille, au goût de craie,
A l’odeur des celliers et du lait fermenté.
Quand le cheval ruait dans la stalle sonore,
Les grands lits soupiraient de foin coupé,
De nuits d’été et de couches royales.
Et tu allais, pieds nus, cheveux épars,
Au long des lourds rideaux de ton enfance,
Les mains devant comme tâtant les corridors.
La lampe te précédait jusqu’au grenier,
Redonnait au blé sa dorure de moisson
Et aux pommes les ombres dans leurs rides.
Tu portais la robe blanche des ruisseaux,,
Le bandeau argenté de la lune,
Et tu voyais monter du puits
Le reflet de l’oiseau appelant le soleil.
L’eau était austère et fraîche
Du long silence enfermé dans la terre.
Elle sera fleuve dans tes yeux,
Généreuse entre tes rives
Les étés indigo sont morts
Mais leurs saphirs étincellent encore.
Les pigeons roucoulent sous ta fenêtre,
Ils ont vaincu en toi le mal de naître.
Loic Collet