AU CHANTEUR

La colère n’atteint plus le chemin de ronde

mais la mélodie grimpe en fin de phrase

comme vague de fond à l’assaut du rempart.

La musique cogne aussi fort que les mots

si le souffle est trop court ou les lèvres trop sèches.

 

Sous le casque blanc des années

le poète accuse les frivoles de lèse-poésie

et reprend da coda la supplique d’estime

pour les traces d’enfance et de comète.

 

Au moment de pleurer il chante pour l’ami,

au moment d’oublier il assène les accords

sur la guitare prétexte et son cœur mordillé.

 

A coups de pied dans les poubelles

il traque les amours possibles

au bout du risque, de la perte et du refus,

aux éclats de soleil et de pollens.

 

Il ouvre à l’abeille les lèvres de la fleur,

à l’enfant les chambres d’histoires,

au pirate la malle au trésor dans le sable,

au coeur raidi le galbe d’une épaule.

 

Le clochard entend chanter son vieux chapeau,

la clé est retrouvée, la porte s’ouvre,

le grenier est accessible, l’escalier est réparé,

l’ange guide vers l’épouse promise,

l’esprit ne se rend pas, le poète veille.

 

                       Loic Collet

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