LA RUMEUR DE LA RESURECTION

Le journal Témoignage Chrétien (22 Avril 2010) a publié un article de Jacques Noyer, ancien évêque d’Amiens, sous un titre provocant : « Faut-il croire à

la Résurrection ? ». La provocation ne vient pas d’une sorte d’obligation qu’il y aurait à « croire » (il faut que…). Mais la question est : « Peut-on croire à la résurrection de Jésus telle qu’elle nous est présentée dans les textes de l’évangile ?

 

En rappelant que dans l’Eglise on est souvent amené à « croire des gens qui nous racontent des histoires », Jacques Noyer écrit : « Aujourd’hui il n’est pas possible de rester dans cette confusion entre l’évangile de Jésus Christ et les rumeurs qui ont couru après sa mort, entre la foi en sa mission et la crédulité en des anecdotes merveilleuses ».

 

Tout est posé dans ce texte : d’un côté les anecdotes merveilleuses (les scènes qui racontent Jésus « ressuscité »), la rumeur qui colporte ces récits, la crédulité qui accueille cette rumeur  et d’un autre côté, la foi en la mission de Jésus.

 

Cette foi en la mission du Christ après sa mort, est formulée par notre auteur d’une manière indiscutable pour les Chrétiens : « Les apôtres après la mort de Jésus ont compris que son entreprise n’était pas achevée, que sa mission continuait, que sa Parole gardait sa puissance, que sa présence avait changé d’évidence… Née de la rencontre de Jésus, leur foi leur faisait dire : il est toujours vivant ! ».

 

Cette formulation de la foi des disciples ne s’est sans doute pas faite dans un instant précis, mais plutôt dans une certaine durée. Là l’expression de Jacques Noyer n’est pas très heureuse : « Ce dimanche matin (de Pâques) ils reprenaient confiance. C’était leur foi qui était ressuscitée ! ». Il n’y a pas à parler de « foi ressuscitée » puisque jusque là les apôtres n’avaient jamais eu une foi en Christ vivant après sa mort ! La question de leur « moral » (avoir confiance) c’est autre chose que d’admettre un Christ vivant !

 

La réserve du lecteur peut porter aussi sur une autre expression : la « rumeur ». Ce mot est très suggestif pour plusieurs raisons. D’abord il dit comment la parole sur Jésus a circulé : de bouche à oreille, bien avant d’être consignée par écrit. Et surtout, comment cette parole s’est chargée de beaucoup d’imagination, donc de fictions imaginatives, certes destinées à convaincre, mais s’organisant peu à peu sous la forme de récits où le merveilleux est mobilisé pour dire, en fait, l’essentiel de la foi : Christ est vivant avec ses disciples.

 

Le mot « rumeur » est donc adapté pour dire le mécanisme qui a amené des Chrétiens à composer les textes évangéliques sur la présence nouvelle du Christ aux siens ( Jacques Noyer dit justement : « sa présence avait changé d’évidence », mais il ne précise pas quelle évidence : évidence sensible ou « évidence » de la foi). Surtout le mot « rumeur » est insuffisant si on considère que ce qui circulait c’était désormais des convictions et des adhésions vitales et personnelles à Jésus passé en Dieu, la foi dans le Christ en Dieu. Pas seulement au sens de : « rumeurs : nouvelles qui se répandent dans le public ».  

 

Jacques Noyer est bienveillant envers ceux qu’il n’a pas réussi à convaincre : « Il est certain, dit-il, que tous les miracles qu’on raconte sur sa naissance (de Jésus) et sur sa mort, ont pu et peuvent encore aider beaucoup à y entrer (dans la foi) ». Mais il sait aussi que ces « histoires de miracles » sont de plus en plus aujourd’hui des obstacles à la foi. Il ne faut donc pas minimiser le déplacement qu’il propose à notre représentation du Christ ressuscité. Faut-il croire à la résurrection ? Oui… mais au Christ passé en Dieu. Pas forcément à ce qui a été imaginé par des Chrétiens pour dire, à leur manière, leur expérience de foi, (aussi authentique que la nôtre, orpheline du merveilleux) : Christ est vivant.

 

                                                                         Loïc Collet   

Laisser une réponse