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Le roi de Juda, Sedecias, était pris entre « l’enclume » et le « marteau ». L’enclume, c’était le peuple de Judée qui supportait douloureusement la puissance babylonienne. Le marteau était la violence répétée des occupants. Sedecias profitait du réalisme de Jérémie qui contenait les rêves d’une guerre juive de libération. Mais ceux qui étaient déjà exilés à Babylone, allaient- ils s’agiter aussi ?
On ne sait par quel accord un émissaire de Sedecias a pu porter à Babylone une lettre de Jérémie… Elle ne pouvait que servir la position prudente du roi de Judée et peut-être une chance d’avenir pour le peuple de Yahvé.
« Construisez des maisons, écrit Jérémie. Plantez des jardins. Prenez femme, ayez des garçons et des filles. Que vos fils et vos filles se marient et qu’ils aient eux-mêmes des enfants. Et prenez soin des villes où vous demeurez…Ne croyez pas ceux qui, parmi vous, se disent envoyés du Seigneur, alors qu’ils vous bercent d’illusion sur un retour rapide au pays de Juda. Ils réclament même que je sois attaché au pilori ! ».
Aux paroles Jérémie joint les actes. Il apprend qu’un de ses neveux a l’intention de vendre un champ, dans la bourgade d’Anatot, le lieu d’origine de leur famille. Elle est en pleine campagne, très vulnérable aux sévices des soldats si les combats reprennent avec les Chaldéens. Mais Jérémie a confiance dans l’avenir ; il le montre en se portant acquéreur du champ. Il signe le contrat devant tous les Judéens qui sont là, dans la cour du garde du Temple. Il le confie à son ami et secrétaire Baruch qui « le place dans un récipient de terre cuite pour qu’il se conserve longtemps ». Un contrat pour longtemps, dans cette période de précarité !
Les actes répondent à ce que le Seigneur fait entendre au coeur du prophète. C’est l’espérance qui revient ! « Je vais restaurer les tentes de Jacob, dit Dieu. Je prends ses habitations en pitié. Chaque ville sera reconstruite sur sa colline. Tout belle maison retrouvera son site. Ses enfants retrouveront les privilèges d’autrefois… Vous deviendrez un peuple pour moi, et moi, je deviendrai Dieu pour vous ». C’est l’annonce, enfin claire, de ce qui sous-tend l’action du prophète.
En même temps, Jérémie reste à l’affût de tous les signes de fidélité qui demeurent dans la conscience profonde des gens. Un jour, quelques hommes du clan des Rekabites sont convoqués au Temple et, au cours de la réception, sont invités à boire du vin. Ils refusent et ils expliquent leur refus.
Ils ne sont à Jérusalem que depuis peu de temps. Ils y ont trouvé refuge « face à la marée des forces chaldéennes ». Ils sont des nomades et ils ont toujours vécu selon les prescriptions de leur ancêtre Yonadav : « Vous ne boirez jamais de vin, leur disait-il, ni vous ni vos enfants ; vous ne construirez pas de maisons, vous ne ferez pas de semailles, vous ne planterez pas de verger, mais vous logerez sous des tentes pendant toute votre vie, afin de vivre longtemps sur le sol où vous séjournez ».
Jérémie est dans l’admiration pour cette fidélité qui résiste dans l’épreuve. Et il entend les derniers mots : « vivre sur le sol où vous séjournez ». Son peuple retrouvera-t-il le sol où il est né ? Oui, il le retrouvera si, lui aussi, il suit les prescriptions des ancêtres et leur assurance : « Oracle du Seigneur : Voici l’alliance que je conclurai avec la communauté d’Israël : je déposerai mes directives au fond d’eux-mêmes, les inscrivant dans leur être… Ils me connaîtront tous, petits et grands ».
(Jer. 29 à 32) Loïc Collet