RELIGIOSITES POPULAIRES

L’ouvrage « Les religiosités populaires » (sous la direction de Robert Peloux et Christian Pian, Editions de l’Atelier, 2010) est le fruit de deux sessions, tenues en 2009, à Francheville, près de Lyon, et à Chevilly-Larue, en région parisienne. Il veut examiner s’il y a dans certaines formes actuelles de religiosité des manières nouvelles de vivre la foi chrétienne.

 

Le débat  sur ce qu’est la « religion » n’a jamais été simple. Il a oscillé entre deux pôles, la fonction sociale de la religion pour tel groupe, et le contenu symbolique de croyances et de rites pour la conscience des individus. Le débat actuel sur la « religiosité » n’est pas plus simple mais on peut dire qu’il incline très fort vers la manière subjective de vivre la « religion », par le cœur, par le sentiment, par les attentes de santé et de bonheur, par le besoin d’efficacité, à distance des institutions « officielles » des religions.

 

L’enjeu des religiosités n’est rien moins, pour le professeur François Bousquet, que « le débat ou le combat avec les puissances qui nous dépassent et qui mettent en jeu notre vie et notre mort » ! (op.cit.p.17). Et cela se décline, au jour le jour, dans des demandes diverses, surtout des demandes de bénédictions, de guérisons et de rites contre les « possessions ».

 

On ne peut entendre ces demandes qu’en fonction des situations sociales et culturelles où vivent les gens d’aujourd’hui. La mondialisation mêle actuellement des populations où l’accès de la pensée au réel couvre tout le prisme qui s’étale du recours au merveilleux et à la magie, jusqu’à la rationalité la plus rigoureuse des sciences dites exactes. Les représentations de l’humain et du divin sont innombrables, souvent indistinctes, et la religion devient le recours immédiat, le plus efficace, croit-on, dans tous les malheurs.

 

Dans les sociétés occidentales elles-mêmes, issues de la science et des Lumières, le reflux des « grands récits idéologiques » (religieux ou non), l’affaiblissement de l’autorité, l’individualisation du « croire », l’exigence du ressenti comme « preuve »… se conjuguent dans des religiosités qui prônent la démarche personnelle, la liberté de l’adhésion, le goût de l’émotion, la légèreté des liens institutionnels, le pragmatisme à l’égard de ce qui « me » fait du bien, « me » donne confiance, paix, vibration avec les proches.

 

L’Eglise catholique (peut-être après les Eglises de

la Réforme), qui avait tant pactisé avec l’irrationnel et le merveilleux au cours de son histoire, était parvenue, il y a quelques dizaines d’années, à concevoir un humanisme qui intégrait assez harmonieusement foi et raison… Et voilà qu’elle est de nouveau confrontée à des formes religieuses qu’elle croyait définitivement « christianisées » ! ce qu’elle appelait volontiers « des superstitions » !

 

Le chemin est donc à trouver… puisque ces manifestations religieuses s’imposent avec force. D’abord le respect de la démarche personnelle. Puis la compréhension des requêtes, des détresses, des échecs malgré les soins multiples. L’écoute compassionnelle et instruite des besoins vitaux. L’accompagnement du mouvement vers une transcendance bienveillante. La bonté pour le corps qui souffre et qui supplie. La proposition de l’évangile de Jésus miséricordieux, guérissant, se réjouissant de ceux qui se relèvent.

 

Cela ne se fait pas seulement dans la transformation du rôle de l’« exorciste » qui connaît mieux maintenant ce qui relève de la névrose et de ses soignants, et qui discerne le lieu de la foi  et de la prière même dans de grands bouleversements psychologiques. Cela peut se faire dans la liturgie de l’Eglise, à force d’écoute, de compréhension des cultures, d’estime de la valeur anthropologique, parfois universelle, de certaines coutumes et de rites particuliers. Quelle couleur, quelle vitalité ont certaines Eglises de banlieue !

 

La Congrégation romaine pour le culte divin a rédigé en 2001 un « Directoire sur la piété populaire et la liturgie ». Certains diocèses comme celui de Créteil, en région parisienne, proposent « Piété Populaire. Orientations pastorales », en 2006. Le cardinal Danneels, en Belgique, écrit un texte, chaleureusement compréhensif : « La religion populaire ». Les réflexions maintenant ne manquent pas. Les deux sessions de Francheville et de Chevilly-Larue en témoignent. Le temps vient où la pratique des Eglises permettra de larges partages et l’accueil de l’Esprit qui ne cesse de monter dans le coeur des hommes.

 

                                                                Loïc Collet

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