REPRESENTATIONS DE DIEU

Un catéchumène avait entendu dire que ce que nous disons de Dieu c’est toujours des re-présentations élaborées par des hommes au cours de l’histoire. S’il en est ainsi, dit-il, pourquoi ne pas attribuer à Dieu des horreurs, comme nous sommes capables d’en dire sur notre propre  existence humaine ? Question pertinente.

 

Si nous ne voyons pas Dieu, si nous n’avons pas d’expérience directe de lui, si nous ne le comprenons pas puisque, par hypothèse, il n’est pas à notre mesure, que tirer de notre expérience humaine qui soit un début de parole sur lui ?

Considérons que notre expérience de la vie a deux faces : une face de violence, de fermeture  et d’inhumanité… et une face d’ouverture, d’amour, d’estime… Ces deux faces ont été attribuées à la divinité au cours des siècles : le dieu jaloux, violent, terrible…et le dieu amour, tendresse… Certaines religions ont même admis un dieu du mal et un dieu du bien. Toute religion s’est confrontée à cette dualité. Nous le voyons particulièrement dans la Bible, où Dieu, parfois, est terriblement « humain » avec ses colères et ses malédictions.

Mais une lecture attentive constate aussi une montée progressive du pôle « Dieu miséricorde, tendresse, source de vie ». C’est sensible dans l’Ancien testament et ce mouvement culmine en Jésus. La foi chrétienne est donc une option pour reconnaître en Dieu ce qui honore l’homme, dit sa beauté, ses qualités, plutôt que ce qui le décompose. C’est une option de voir Dieu du côté de l’amour, parce que nous pensons, avec Jésus, que le plus important pour l’homme c’est l’amour. Jésus a opté du côté de ceux qui aiment.

La Bible ainsi s’est gardée de voir en Dieu les deux faces qui nous caractérisent, l’« eros » (dynamisme de vie) et le « thanatos » (mort, destruction). Sur cette base, nos mots, éclairés par l’Esprit de Jésus tel qu’il s’est montré dans l’évangile, expriment nos représentations de ce Dieu de Jésus.

Pour dire quelque chose de lui, nous ne pouvons que faire cela. Ces représentations sont relatives, relatives à nous et à nos limites. Elles ont tout de même l’intérêt que permet le mécanisme de l’analogie : Dieu n’est pas à la mesure de nos représentations mais nos représentations ont suffisamment de fondement et de valeur dans notre existence pour dire quelque chose d’un autre Existant, qui est Dieu.

Certes cela ne suffit pas pour croire à l’existence de Dieu. Cela n’a d’intérêt que pour ceux qui « déjà », par d’autres chemins, sont arrivés à croire en Dieu, et qui s’interrogent ensuite sur la constitution de leurs représentations. La question du « croire en Dieu » est donc antérieure à celle des représentations. Ce n’est pas l’objet de cette note-ci. C’est une autre question à examiner en son temps, si on le désire.

                                   Loïc Collet 

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