RETRAITES A FINANCER

En Avril 2010, le Conseil d’Orientation des Retraites (COR) estimait que le déficit de l’ensemble du système de retraite français sera de l’ordre de 32 milliards d’euros, cette année. Donc nettement plus qu’en 2006 où il était d’un peu plus de 2 milliards. D’où l’urgence de la réforme du système. Elle pourrait peser sur trois leviers différents : diminuer le montant des pensions, allonger la durée du travail professionnel, augmenter les cotisations qui parviennent aux caisses de retraite.

Diminuer le montant des retraites ?

 

Personne ne dirait qu’il préconise une diminution sèche des pensions, à la fin du mois ou du trimestre. Mais cela se produit depuis longtemps déjà pour nombre de retraités. Depuis que les pensions de retraite ne sont plus indexées sur l’évolution des salaires mais sur les prix, on estime que leur pouvoir d’achat a baissé d’au moins 15% en une vingtaine d’années. La diminution de l’apport des retraités au PIB contribue largement à la baisse de la proportion des salaires et pensions qui est de 8 points du PIB après 1980.

 

Allonger la durée du travail ?

 

 

L’objectif immédiat est d’alléger les versements des caisses de retraite et d’augmenter, théoriquement, leurs réserves. Il y a aussi un calcul pervers. On sait que beaucoup de salariés (les deux tiers) ne travaillent plus quand ils arrivent à 60 ans (raisons de santé, de chômage…). Mais ces années, à faibles revenus, diminuent leur taux de pension car celui-ci est calculé désormais sur les 25 meilleures années : malheur à ceux qui n’arrivent pas à 25 « bonnes années » ! L’allongement de la durée de travail amplifierait ce handicap. (sans compter le « moins d’embauches pour les jeunes »… Mais cela n’est pas le souci des caisses de retraite !)

L’allongement de la durée de travail entraînerait, de fait, la paupérisation de nombreux retraités, le recours plus fréquent à la Sécurité sociale (maladie), leur déqualification au travail, la pression sur leur salaire (exploitation)…

 

Malgré cela, la position du gouvernement français est arrêtée sur ce point : le meilleur « remède » serait l’allongement de la durée légale du travail, jusqu’à 62, 63, pourquoi pas 65 ans ?

 

 

Augmenter les cotisations ?

 

Le taux de cotisation vieillesse sur les salaires est actuellement de 8,3%. Comme elle est faite de deux parts, la part « patronale » (avec les revenus de l’entreprise) et la part du salarié, on pourrait concevoir que le versement de l’entreprise soit augmenté. Mais ce n’est pas une revendication d’aujourd’hui.

 

Par contre, les produits financiers de l’entreprise, après salaires, après investissements et réserves, les produits attribués aux détenteurs du capital de l’entreprise, habituellement sous la forme de dividendes sur le bénéfice net, ces produits financiers pourraient être taxés de façon à alimenter, d’une manière nouvelle, les caisses de retraite. On appelle cela « élargir l’assiette des cotisations », l’élargir à tous les résultats financiers de l’entreprise.

Pour le moment, patronat et gouvernement  ne veulent pas en entendre parler. Avec souvent un faux argument : « Ce serait casser les investissements », alors qu’il ne s’agit pas de cela, mais de ce qui est absorbé directement par les détenteurs de capitaux, les dividendes.

 

Ce qui se manifeste sous ces refus catégoriques, c’est sans doute une mésestime pour le temps de retraite, dont on surévalue les ressources pour entretenir l’envie d’autres catégories plus défavorisées, dont on ne comprend pas les désirs de vivre enfin sans se prévaloir de sa « valorisation marchande », dont on n’imagine pas quel goût les retraités pourraient donner à une société plus humaine. Quelle justice sociale pourrait intégrer de tels objectifs ?

                                                            Loïc Collet   

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