JEREMIE L’EXPULSE

Les opposants à l’occupation du pays de Juda par les Chaldéens ne manquent pas d’initiative. Ils ne peuvent plus compter sur la révolte des petits royaumes voisins, complètement maîtrisés par les forces de Babylone. Mais l’Egypte est toujours là, pour contester l’élargissement de l’immense empire de Nabuchodonosor. Et ses armées commencent un mouvement en direction de

la Judée.

 

Les Chaldéens sentent la menace égyptienne et décident de s’éloigner de Jérusalem, sans doute pour ne pas être mis en difficulté par une révolte populaire. Le roi Sedecias voudrait comprendre pourquoi l’ennemi relâche sa pression. Il demande  à Jérémie « d’intercéder auprès du Seigneur ». Mais la réponse du prophète ne permet aucune illusion : les Egyptiens vont faire demi-tour et regagner leur pays ; les Chaldéens vont revenir assiéger la ville, la prendre et même l’incendier !

 

Ils sont de nouveau proches de la ville, quand Jérémie a une affaire de famille à régler en province. Il va sortir de la ville, quand un garde s’interpose et dit : « Tu es en train de passer aux Chaldéens ! ». Aussitôt il est arrêté, conduit aux chefs des gardes, frappé et enfermé dans une prison. L’accusation est grave : Trahison ! Il ne faut rien moins que l’intervention personnelle du roi pour le libérer. Mais il doit rester à la disposition de la justice, sous la surveillance des gardes.

 

Les annonces du prophète ne tardent pas à se réaliser : une brèche est ouverte dans les remparts, les Chaldéens envahissent la ville, le roi Sedecias s’enfuit vers le sud, il est rattrapé, enchaîné, emmené à Babylone. Il en est de même de tous les habitants de quelque importance en Judée. Le maître de Babylone « ne laisse dans le pays de Juda que le prolétariat qui ne possède rien… ».

 

Que devient Jérémie ? Il était connu des Chaldéens. Le représentant de Nabuchodonosor lui laisse le choix : « Si tu désires m’accompagner à Babylone, viens, et je veillerai sur toi. Mais si tu y répugnes, ne viens pas, et va où il te convient d’aller. Et si tu restes, tu peux rejoindre Guedalias, à Miçpa ».

 

Guedalias vient d’être nommé, par les vainqueurs, commissaire pour

la Judée. Il réside à Miçpa, à vingt kilomètres au nord de Jérusalem. Il a convoqué les principaux chefs de clan de la région et leur a dit : « Acceptez sans crainte le régime des Chaldéens. Soyez soumis au roi de Babylone et tout ira bien. Moi, je reste à Miçpa. Quant à vous, récoltez le vin, les fruits et l’huile et restez dans les villes que vous occupez ».

 

C’est ce qui se passe assez rapidement, une certaine prospérité revient. M ais la résistance des nobles s’organise de nouveau autour de l’un d’eux, Yishmaël, fils de Netanyahou. Guedalias est averti du complot monté contre lui mais il n’y croit pas. Il accepte une invitation à un repas, il est abattu par les hommes de Yishmaël.

 

Jérémie est de plus en plus menacé. Il a perdu son protecteur, Guedalias. Ceux qui le considèrent comme un traître veulent l’entraîner de force dans un pays allié, le pays des Ammonites, au-delà du Jourdain. Mais les troupes restées fidèles aux autorités juives parviennent à ramener à elles l’ensemble de la population. Les derniers rebelles, autour de Yishmaël, s’enfuient du pays.

 

La question urgente devient : Quelle va être la réaction des Chaldéens après l’assassinat de leur collaborateur, Guedalias ? Une fois encore, Jérémie est prié de consulter le Seigneur. Au bout de dix jours il proclame la parole du Seigneur : « Si vous restez dans ce pays, je vous planterai sans plus jamais vous déraciner. N’ayez plus peur du roi de Babylone. Vous prenant  en pitié il vous laissera sur votre terre… Mais si vous dites : Nous voulons nous rendre en Egypte, c’est l’épée qui vous atteindra là-bas, et la famine ! ».

 

Des insolents se dressent de nouveau contre le prophète : « Le Seigneur ne t’a pas envoyé pour cela ! C’est Baruch, ton associé, qui veut nous livrer aux Chaldéens ! ». La confusion est extrême. Et dans l’angoisse, l’assemblée bascule dans la fuite, la fuite vers l’Egypte. Jérémie a-t-il pu encore parler ? Il est emporté par les fuyards. Il va disparaître en Egypte, terre d’exil  aussi.

 

Certains d’entre eux sont arrivés à Daphné, une ville du delta du Nil, célèbre par son temple dédié à Râ, le dieu-soleil. En face de l’entrée du temple, il y a une tuilerie. Et dans le sol argileux on distingue des grandes pierres étendues. La rumeur dit que le prophète Jérémie les a fait poser là, pour dire que le peuple aura toujours une assise en son Dieu, le Seigneur.  

 

(Jer. 37 à 43)                            Loïc Collet

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