LA LIBELLULE ET LE LIBELLE

Où vous cachez-vous, ma mie,

petite coureuse de courants d’air ?

Est-ce dans un remous de l’eau,

immobile sur la mousse

accordée à votre robe verte ?

Est-ce le gris du lichen

sous la transparence de vos ailes ?

Est-ce allongée sur une tige,

comme sentinelle au mirador ?

Est-ce, plus invisible encore,

sur le rayon d’un clin de soleil,

pire, sur le reflet du rayon ?

J’en perds le souffle, ma mie,

vous me tourneboulez la tête !

 

Si vous me cherchez,

c’est que vous m’avez trouvée !

répond la gente Libellule.

Peut-être dans le pas de deux,

appris chez Inès ou Dolorès.

Peut-être dans la glissade arrière,

près des bassins de l’Alhambra.

Ou dans les ronds de jambe

du vieil ami, Richard de Vienne.

Peut-être dans les frémissements,

les déhanchements… sauf votre respect !

 

Pas du tout ! Pas du tour ! dit l’odonatologue,

Je ne demande qu’une seconde,

un quart d’éclair,

le temps de tourner l’œil,

un battement de paupière

et je m’en souviendrai…

Mais aurez-vous le repos

pour lire ce libelle

et rêver à votre  tour ?

 

                              Loïc Collet

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