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Archive de la catégorie 3 - Nouvelles

LA FORBANE

Au bord de la route poussiéreuse, près d’un arrêt d’autobus, une longue table sur quatre tréteaux est installée. Elle est couverte d’un monceau de marchandises que les gens retournent de la main et rejettent sur le tas. Il y a pour tous les goûts, si ce n’est pour tous les besoins. Des gélules de médicaments, des boutons, des serviettes hygiéniques, des livres, des gants de toilette, des cassettes, des clefs…

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LE BATEAU A L’ANCRE

Sylvère est parti de chez lui pour ne pas tomber en lui-même, sur lui-même. Les murs de sa maison s’étaient resserrés sur lui et commençaient à l’oppresser. Les ouvertures se grippaient. Il a réussi à entrouvrir l’une d’elles. Il est maintenant sur la route qui trace une longue ligne droite sur le plateau. Sans talus, sans fossés, sans arbustes.

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RELACHE

Il a quitté la place un peu avant minuit. Les gens n’ont presque plus de voix, tellement ils ont crié. Mais crié de joie que le dictateur s’est enfui. Et les larmes dans les yeux, en se demandant qui remercier, qui supplier encore pour que le bonheur ne s’échappe pas.

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TATOUAGES

Sur le pont métallique qui enjambe le fleuve, les militaires sont immobiles. On ne distingue d’eux que les boucliers et les casques d’acier. Aux pontons ancrés à l’extrémité des passerelles aucun bateau n’est amarré. Le fleuve coule en silence, comme s’il avait hâte d’être arrivé ailleurs.

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SUR LA VOIE

Le train de marchandises s’est arrêté le long d’un bois d’eucalyptus. Rien ne bouge que quelques feuilles au bout des branches dérangées par le courant d’air. Sur le toit du deuxième wagon Marcelo se redresse sur un coude, au milieu de ses compagnons qu’il a rejoints la veille et qui lui ont fait une place sur la tôle.

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LE BOUVIER ET LA TISSERANDE

Il y avait un jeune homme qui habitait dans un village perdu au fin fond de

la Chine, au temps lointain des Hans. Il travaillait chez un propriétaire riche et dur et sa journée se passait toute entière aux champs, du matin au soir. Mais il avait un bon compagnon. C’était un vieux Buffle paisible qui avait tout retenu des bons moments et des misères qu’il avait eus. Il parlait peu mais quand il parlait c’était toujours de bon conseil.

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JUSQU’A LA LIE

La main tient une aiguille qui monte et descend sur le canevas. La lumière vient de côté et découpe sur l’obscurité de la salle le profil de la femme, avec le chignon haut placé sur les cheveux. A contre-jour un garçon écrit sur un large cahier, deux livres ouverts devant lui, la tête rentrée dans les épaules, sous le regard intermittent de sa mère.

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LA STATUE

Il était passé par une brèche dans le mur. Un mur crénelé à son sommet, comme celui d’une fortification, mais effondré sous les lierres, percé par les racines des houx. Et il est entré dans le jardin. Du moins ce qui était autrefois un jardin. Mais, aujourd’hui, les taillis ont pris toute la place et l’on ne voit pas à cinq mètres.

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ENTRE LES TOMBES

Il est assis sur un banc, dans une allée serrée ente les tombes. Derrière lui une stèle blanche porte un nom et une date : Muftic Amina 1921-1997. Il a connu cette femme, c’était une voisine. Elle est morte dans son lit. Une exception parmi les gens qui sont inhumés ici. « Inhumés », c’est une manière de parler. Car les tombes portent des noms mais les cadavres ne sont pas tous là, ils n’ont pas été retrouvés.

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L’AFFICHE

Il avait été invité par une organisation populaire du quartier de Soweto, à Johannesburg. En sortant de l’aéroport il avait salué un groupe qui l’attendait et qui allait le conduire sur les lieux du meeting. Tout en leur parlant, il a les yeux pris par une petite affiche collée sur un pilier tourné vers la rue.

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